10 – Revendiquer  le droit d’exister, avec Widia Larivière

10 – Revendiquer le droit d’exister, avec Widia Larivière

Oser s'en parler
Oser s'en parler
10 - Revendiquer le droit d'exister, avec Widia Larivière
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Résumé

Autant l’histoire coloniale de notre pays est claire, autant il y a une histoire toute aussi importante, qui est celle de la résistance et de la mobilisation autochtone. Avec Widia Larivière, Anishinabeg, cofondatrice & directrice générale de Mikana, on explore les différentes formes que prennent cette résistance, on discute de l’héritage du mouvement social Idle no More; du leadership féminin et des structures coloniales à transformer.

Transcription de la narration

Vous écoutez Oser s’en parler, un balado indépendant dans lequel on tente de déconstruire le malaise et l’inertie allochtones, tout en mettant de l’avant des voix autochtones. Je m’appelle Charlotte Côté, je suis animatrice, productrice, gestionnaire du projet et je suis honorée de vous retrouver pour un nouvel épisode. L’idée du balado, c’est de créer un espace où en tant qu’allochtones, on entame une introspection collective et individuelle sur le racisme systémique envers les autochtones, pour se responsabiliser, et s’engager à faire partie de la solution. Bienvenus et rebienvenus dans cet espace de dialogue, d’apprentissage et de remise en question.

Les lois et politiques qui découlent de la Loi sur les Indiens et des attitudes coloniales canadiennes ont d’importantes conséquences sur la vie des Autochtones. Toutefois, autant il y a une histoire claire d’oppression coloniale, autant il y a une histoire claire de résistance et de mobilisation autochtone. On l’a vu tout au long de la série Oser s’en parler, et on va s’y intéresser davantage lors deux prochains épisodes.

Cette résistance elle est multiple, non seulement au niveau des moyens d’action qui sont utilisés, mais aussi au niveau des enjeux qu’elle vise.

Cette résistance, elle peut prendre la forme d’actions directes, comme par exemple :

  • La Résistance du Nord-Ouest de 1885 par les Métis, Cris, Saulteaux-Ojibwés et Assiniboines dans les prairies, menés par Louis Riel;
  • L’occupation du parc provincial ontarien d’Ipperwash en 1993 et 1995 par des membres de le Première Nation ojibwée Stoney Point pour affirmer leur souveraineté sur un territoire dont ils avaient été expropriés pendant la Seconde guerre mondiale; ou encore
  • La résistance des Kanyen'kehà:ka (Mohawk) de Khanawake et Kanasetake pendant la Crise d’Oka en 1990 pour opposer le développement immobilier et la construction d’un golf sur leurs terres. Plus récemment, on se rappelle de
  • La résistance des chefs héréditaires Wet'suwet'en, des Défenseurs du territoire, des matriarches et de leurs alliés contre le projet de construction du gazoduc Coastal GasLink (CGL) qui a culminé début 2020 à d’importantes manifestations et blocus; pour n’en nommer que quelques uns.

La résistance peut aussi être très informelle et personnelle :

  • Par exemple, jusque dans les années 1950, ça pouvait être de continuer de pratiquer sa langue et sa culture malgré les interdictions, ou de continuer d’aller sur le territoire traditionnel sous peine d’être arrêté par les autorités coloniales.
  • Aujourd’hui, ça peut être de réapprendre sa langue, de se reconnecter à sa culture, de briser le cycle de la violence, de simplement survivre, etc.

La résistance autochtone, c’est aussi de saisir les tribunaux :

  • On a parlé au 6e épisode du combat de nombreuses femmes autochtones pour défaire les conditions sexistes qui existent dans la Lois sur les Indiens; mais
  • La Cour Suprême a également dû statuer sur de nombreux dossiers portés à bout de bras par des individus ou des groupes autochtones, notamment sur les droits de chasse et de pêche; les titres fonciers; la culture; l’auto-détermination; la taxation et les droits issus des traités.

La résistance, elle est aussi au niveau politique, par exemple :

  • Ce sont entre-autres les pressions politiques qui ont mené à la reconnaissance des "droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones" dans l’article 35 de la Constitution canadienne de 1982; ou même
  • Ce sont des pressions politiques et civiques qui ont amené le Canada à ratifier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, puis qui poussent les provinces et le fédéral à aligner leurs politiques au document, depuis le début des années 2010.

Un autre exemple que cette résistance politique peut être illustrée par

  • L’opposition d’Elijah Harper, un membre cri de l'Assemblée législative du Manitoba en 1990, a empêché un vote unanime de sa province pour l’accord du Lac Meech, car les Premières Nations n'avaient pas été consultées ni reconnues dans les discussions constitutionnelles; ou encore plus largement
  • L’établissement d’organisations qui représentent et défendent les intérêts des Autochtones, comme ​l’Assemblée des Premières Nations, l’Inuit Tapiriit Kanatami, Femmes Autochtones du Québec, le Ralliement national des Métis, et bien d’autres.

Et la résistance, elle s’inscrit également dans la mobilisation populaire de mouvements sociaux. Par exemple,

  • La Caravane des peuples autochtones et le Constitution Express dans les années 1970-80 ont parcouru le pays de la Colombie-Britannique à Ottawa et ont sensibilisé le public aux traités non respectés, aux griefs des autochtones et à la nécessité de reconnaître leurs droits. Aussi,
  • La Commission Vérité et Réconciliation au début des années 2010, a commémoré les élèves décédés et les survivants des pensionnats indiens, en permettant aux survivants de partager leurs témoignages et de construire des archives nationales de leurs expériences. Plus récemment,
  • Les mobilisations en solidarité avec les chefs héréditaires et matriarches Wet'suwet'en, les pêcheurs Mi’kmaq, les Défenseurs du territoire Secwepemc ou de Six Nations of the Grand River;
  • Le mouvement social Idle No More, Jamais plus l'inaction, qui perdure depuis 2012 et qui est devenu un réseau continental inclusif d’Autochtones vivant en milieu urbain et rural, ainsi que d’alliés allochtones, dans le but de faire valoir les droits autochtones et la protection de la terre, de l'eau et du ciel.

Aujourd’hui, on continue notre conversation avec Widia Larivière, Anishinabeg, et militante féministe et directrice générale de Mikana, un organisme qui mise sur l'éducation, la sensibilisation, les partenariats et le dialogue pour une cohabitation harmonieuse et une compréhension mutuelle entre Autochtones et Allochtones. La semaine dernière, on a parlé du travail de l’organisme et des façons de redéfinir un chemin ensemble. Cette semaine en sa compagnie, on s’intéresse particulièrement aux réalités vécues par les femmes et la jeunesse autochtones. On parle justement du mouvement social Idle no More et de ses héritages, de protection de la Terre Mère, du leadership des femmes autochtones, des structures coloniales qui mettent en péril leur vies, et des différentes formes que peuvent prendre la résistance.

Avant de vous parler d’Idle No More, je vous partage un passage de l’ouvrage Décoloniser le Canada, d’Arthur Manuel, leader politique illustre de la Nation Secwepemc:

« La conscience environnementale des Première Nations va de soi : nous sommes les enfants de la terre et ses défenseurs. Depuis toujours, nos économies reposent sur la culture, l’élevage, la chasse, la pêche et la cueillette (et sur des technologies liées à ces activités), dans le respect des cycles naturels de la terre. Pour les peuples autochtone, l’air, l’eau, les forêts et les animaux sont des valeurs absolues, le fondement de la vie. En leur portant atteinte pour satisfaire ses besoins immédiats, c’est à soi-même que l’on fait du tort. Assister à l’exploitation sauvage de la planète par l’Occident, c’est comme voir une personne atteinte de démence s’autoflageller. Et les nations autochtones, qui entretiennent un lien intime avec la terre, sont généralement les premières à en souffrir. Nous avons le devoir primordial de protéger la terre et ses ressources, qui subissent aujourd’hui des assauts sans précédent. » (p.254-255)

En novembre-décembre 2012, émergeant d’une longue lignée de mouvements sociaux et de revendication, Idle No More est créé par quatre femmes en Saskatchewan, contre le projet de loi C-45. Le nom officiel du projet de loi C-45? « Loi sur l’emploi et la croissance », mais pratiquement-parlant, c’était un projet de loi mammouth (ou « omnibus »), qui modifiait plus de 60 lois en un même texte. Entre-autres, il diminuait les droits et l’autorité des communautés autochtones, et à retirait 98% des lacs et des rivières du pays de la protection environnementale fédérale, ce qui permettait que des projets d’exploitation (comme des pipelines) soient acceptés sans évaluation environnementale rigoureuse.

Les quatre femmes à l’origine de ce mouvement contestataire sont

  • Jessica Gordon (de la Première Nation Pasqua en territoire du Traité numéro 4)
  • Sylvia McAdam (de Mistahi-sîpîhk; la Première Nation Big River en territoire du Traité numéro 6),
  • Sheelah McLean (une allochtone de Saskatoon, en territoire du Traité numéro 6)
  • et Nina Wilson (de la Première Nation Kahkewistahaw en territoire du Traité numéro 4)

Ces femmes se sont opposées aux changements proposés aux lois environnementales en organisant des ‘teach in’, des espaces d’enseignement informels. Même si C-45 est devenu une loi en décembre 2012, le mouvement a pris de l’ampleur grâce aux médias sociaux notamment grâce à la page Facebook et au hashtag #idlenomore.

La chef Theresa Spence, de la communauté crie-eeyou d’Attawapiskat dans le Nord de l’Ontario, a aussi fait un jeune liquide bien médiatisé pour dénoncer l’échec du gouvernement fédéral à honorer ses obligations et les droits Autochtones en vertu des traités.

S’en est suivi une conversation virale et 6 mois d’actions pacifiques à travers le Canada. Ça a notamment démontré à quel point le mouvement populaire autochtone pouvait se mobiliser rapidement pour des questions de protection environnementale, ce qui a surpris les médias traditionnels.

Widia Larivière a été co-instigatrice et porte-parole de la branche québécoise d’Idle No More. Des années plus tard, ce mouvement perdure et ses membres continuent de militer pour la souveraineté autochtone et la protection de l’eau et du territoire.

[Rencontre, audio]

Dans ce besoin de rejeter la vision monolithique des peuples autochtones, et de représenter leur diversité, les intersections de leurs identités, et leur humanité, on retrouve ce besoin de mettre en lumière les rôles qu’ont joué les femmes autochtones à travers l’histoire, et encore aujourd’hui. Même si leurs rôles variaient de nation à nation, les femmes jouaient un rôle d’égales, voire de leaders, dans les sociétés, et leur capacité décisionnelle était reconnue. Sarain Fox, artiste, activiste et conteuse Anishinaabée de la Première Nation Batchawana écrit :

« Dans mon travail, j'ai récemment exploré profondément le concept de résilience culturelle. Parfois, je vois une progression  et parfois, je suis paralysé par le désespoir. Future History, l'émission de télévision que j'anime, traite du ramatriement des connaissances autochtones [c’est-à-dire, un retour à un mode de vie spirituel dans le respect de la Terre Mère]. […] Notre culture a survécu toutes ces années. Elle a survécu car nous étions prêts à écouter nos femmes et nos aînés.

Ma tante a travaillé dans les tranchées de la Commission de Vérité et Réconciliation et a documenté les histoires des survivants des pensionnats pour notre communauté. Elle porte en elle beaucoup de vérité et beaucoup de douleur. Je ne sais pas si elle est prête pour la réconciliation, mais je pense qu'il faut une vie entière pour voir les choses comme elle les voit. Et maintenant qu'elle est une aînée, elle se concentre uniquement sur la façon dont l'histoire va se poursuivre pour nous.

Parfois, le travail ne se fait pas assez vite. [… ma tante] me dit que les femmes autochtones doivent assumer des rôles de leadership. Nous devons être prêtes à faire le travail difficile et à nous consacrer à nos communautés pour les aider à guérir et à grandir. Il est urgent, dans ma génération, d'enregistrer ce que nos aînés ont à dire pendant que nous les avons, d'entendre leurs langues avant qu'elles ne se perdent et d'apprendre les histoires de la création qui nous ont amenés ici. La plupart des Canadiens ne vivent pas avec ces peurs et la tension persistante de la perte.

Je crois que c'est cette perte profonde, ce sentiment d'urgence qui a inspiré tant de jeunes femmes à se lever - à utiliser leur voix et à agir - pour récupérer les connaissances et les façons de faire autochtones.

[…] Nous avons transporté de l'eau et entretenu des feux. Les femmes, comme la défunte Josephine Mandamin, ont fait des choses extraordinaires pour défendre et protéger notre eau sacrée. Elle marchait pour nous rappeler de prendre soin de l'eau, de prendre soin de la vie. Nous avons besoin de plus de femmes, comme sa nièce, Autumn Peltier, qui sont prêtes à se lever et à défendre les droits de l'eau et notre vérité; à écouter nos aînés; à s'exprimer.

[…] Les femmes nous portent et arrosent la graine même de la vie. Elles perlent nos mocassins et nous font du thé. Nous devons prendre le temps de les écouter et de nous souvenir des histoires qu'elles peuvent partager pendant leur séjour.

Restez avec elles, ou tout au moins, asseyez-vous avec elles quelques minutes chaque jour et écoutez. »

Idle No More finalement s’inscrit dans cette tradition du leadership féminin autochtone. Comme l’expliquait Widia, les femmes autochtones se retrouvent souvent à jouer des rôles centraux dans les différents mouvements sociaux ou de revendication de droits.

Je vous partage quelques exemples :

  • En 2012, les femmes innues, défenseures du territoire, ont bloqué la route 138 et ont marché jusqu’à Montréal pour dénoncer le Plan Nord et les gestes abusifs du gouvernement provincial envers les droits des Innus. Je vous mets en lien une vidéo du Wapikoni Mobile documente les dernières heures de ce blocus, et les émotions du moment.
  • Un autre exemple : les femmes Haudenosaunee sont au cœur de la défense des droits au territoire. Je vous mets en lien quelques articles sur le sujet; un lien vers le documentaire « Six milles à l'horizon » qui montre le rôle essentiel qu’ont joué les mères iroquoises pendant la résistance de 2006 à Caledonia; et un lien vers le documentaire « Kanehsatake : 270 ans de résistance » qui montre l’implication de la militante Katsitsakwas Ellen Gabriel et des femmes pendant la crise d’Oka en 1990.
  • Dans l’ouest, les matriarches Gixtan et Wet'suwet'en jouent un rôle clé dans la défense des terres, de l’eau, des membres de leurs nations, dans la résolution de conflits, dans la négociation et dans les processus du guérison. Ce leadership est entre-autre documenté à travers le documentaire « Invasion ».
  • À la recherche de Dawn (2006), un documentaire de Christine Welsh, disponible gratuitement sur le site de l’ONF et sur Youtube 
  • Sarain Fox mentionnait également Autumn Peltier, de la nation Wiikwemkoong, qui est protectrice Anishinaabée en chef de l'eau qui s’est adressée au Nations unies à l’âge de 13 ans sur la question de la protection de l’eau.

Pourquoi les femmes autochtones mettent-elles leur vie en première ligne pour protéger la terre?

« C'est une question fondamentale que nous devons nous poser. », affirme la Dr. Sherry Pictou, femme Mi’kmaq de L’sɨtkuk, la Première Nation aussi connue sous le nom de Bear River. Elle continue :

« C'est une question tellement multi-dynamique et complexe. Nous avons tendance à criminaliser la défense du territoire en vertu du droit canadien. La sécurité, l'armée, la police ou les agents de sécurité des entreprises sont tous là pour protéger le monde des affaires. Ce à quoi nous ne prêtons pas assez attention, c'est pourquoi les femmes défendent la terre et l'eau ? […] Les femmes autochtones n’ont jamais bénéficié de ce système colonial. […] [Elles] connaissent l'importance de la nourriture et de l'eau, et beaucoup d'entre elles participent à des cérémonies [, à la] résurgence des pratiques et savoirs autochtone qui sont fondamentaux non seulement pour les relations entre les humains, mais aussi pour les relations entre les humains et les non-humains. On ne s'attarde pas assez sur ce point. Nous nous intéressons à l'emploi, à l'économie et ainsi de suite, mais quelle est notre relation avec la faune sauvage ou avec toutes ces femmes qui vivent sur le territoire? »

[Rencontre, audio]

On a enregistré cette rencontre en été dernier, quelques semaines après le meurtre de George Floyd par la police américaine En même temps, les dénonciations de brutalités policières envers les personnes racisées aux Canada et la mort d’une huitième personne autochtone en trois mois lors d’une intervention policière au Canada, avaient relancé des sujets chauds. En Amérique de Nord, et de manière cyclique, on a des discussions importantes, mais trop souvent temporaires, sur la nature raciste et patriarcale des systèmes judiciaires, sociaux et politiques.

Quelques mois après ma rencontre avec Widia, la mort de Joyce Echaquan, femme et mère Atikamekw, par négligence et par racisme flagrant à l’hôpital de Joliette, a reconfronté notre société à se regarder dans le blanc des yeux, et le titre de l’article de Widia me restait gravé en tête : Et si nous nous intéressions à elles pendant qu’elles étaient encore vivantes?

Dans, Whose Land Is it Anyway, Melina Laboucan-Massimo, crie de Muskotew Sakahikan Enowuk, la Première Nation Lubicon, et activiste pour les droits des autochtones et le bien-être écologique au Canada, nous le rappelle : « Ce n'est pas une coïncidence si plus de quatre mille femmes autochtones sont assassinées et portées disparues dans le pays que nous appelons le Canada. Les femmes autochtones ont cinq fois plus de chances que les femmes non autochtones à mourir de la violence. ». « La terre est notre mère » et donc, « la violence contre la terre engendre la violence contre les femmes » (2017, p.39).

Comme l’écrit Arthur Manuel dans son livre Décoloniser le Canada, et je cite :

« Dans la défense de la Terre Mère, les peuples autochtones constituent le premier et le dernier des remparts. Fort heureusement, toutefois, nous ne sommes pas seuls à nous battre. Depuis quelques décennies, nous tissons de plus en plus de liens avec d’autres militants et organisations qui se portent à la défense de l’environnement. À maints égards, c’est là l’une des alliances les plus prometteuses que nous ayons conclus à ce jour, et elle risque d’être déterminante si on veut agir avant qu’il ne soit trop tard. »

Il ajoute que cette alliance, qui est relativement récente, n’a pas été spontanée, car longtemps, l’environnementalisme allochtone a eu une saveur coloniale (p.254-255), qui n’est toujours pas complètement dissipée.

Je pense encore une fois qu’il en revient à un point qu’on avait soulevé en compagnie d’Emanuelle Dufour au premier épisode, puis avec Alexandre Bacon et Martine Robitaille aux 2e et 3e épisodes : il y a une réticence pour les allochtones de parler de la dimension du territoire volé, et des promesses brisées. Une réticence parce qu’il y a méconnaissance, mais aussi parce qu’ouvrir ce chapitre, c’est reconnaître que les juridictions de nos gouvernements sur les terres sont illégitimes et fausses. Sylvia McAdam, Crie-Eeyou de la Première Nation Big River en territoire tu Traité numéro 6 et co-fondatrice du mouvement Idle No More explique que les gouvernements et citoyens allochtones ne veulent pas prendre ce chemin, car, et je cite :

« ils bénéficient et tirent profit de l’extraction des ressources, sans avoir à reconnaître ce qui saute aux yeux : les autochtones qui en grande majorité sont les détenteurs des titres de propriété de la terre. […] Le Canada utilise de belles paroles, mais la Réconciliation […] ne veu[t] rien dire lorsque les termes et les promesses de nos traités ne sont pas respectés. »

On parle de droits issus de traités, on parle de territoire, on parle de titre autochtone, de promesses brisées, de titres fonciers, de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, de mouvements sociaux, d’alliances entre autochtones et non-autochtones. La question d’ailleurs de la mobilisation a toujours été au cœur des mouvements sociaux en tout genre. Pour avoir étudier largement ces phénomènes, la capacité des mouvements à impliquer des personnes qui ne bénéficient pas directement de ses retombées, mais qui refusent de demeurer spectateurs, est déterminante pour le succès des actions de contestation.

La vague de mobilisation en solidarité avec les chefs héréditaires Wet’suwet’en, les défenseurs du territoire, les jeunes et les matriarches autochtones en février 2020 ont été pour plusieurs un rappel que la colonisation est un processus bien complexe toujours bien vivant, et que nos gouvernements, aussi férus de Réconciliation soient-ils, ne légitimisent que ceux qui abondent en leur sens, sans s’engager dans des consultations complètes et inclusives, en cherchant à imposer un projet et à diviser les Autochtones. On a entendu beaucoup de jeunes activistes autochtones dire que la Réconciliation était morte. On a aussi vu que beaucoup d’allochtones ont manifesté en solidarité avec les Autochtones qui revendiquaient entre-autre la protection de la Terre Mère, mais aussi leur droit d’exister et d’être souverains.

La semaine prochaine, on s’asseoit avec Anne Dagenais, activiste allochtone impliqué.e à Indigenous Solidarity Ottawa, en territoire non-cédé Anishinaabe, qui se responsabilise et tente de responsabiliser d'autres allochtones sur la réalité coloniale du Canada. On parlera ensemble de Wet’suwet’en et du travail des allochtones dans la décolonisation, et on en profitera pour faire un tour d’horizon sur les terres non-cédées, les enjeux des traités numérotés, et du titre autochtone.

Entre-temps, je vous laisse quelques lectures en lien, notamment la Bande dessinée de Chloé Germain-Therien, de son nom d’artiste, Chloloula, qui explique par la vulgarisation graphique, et je cite le titre : « Pourquoi les Premières Nations bloquent-elles les chemins de fer? Et pourquoi c’est important ».

Je vous partage également une chronique de Judith Lussier, « Premières Nations: notre inconfort ne fait pas le poids » qui met en lumière les façons dont on continue d’adopter une posture colonialiste à plusieurs égards quand il en vient à nos relations avec les Autochtones.

Comme d’habitude, les différentes références abordées aujourd’hui se trouvent sur la page web de l’épisode. N’hésitez-pas à nous écrire, nous suivre, ou partager cet épisode, et au plaisir de se retrouver la semaine prochaine!

Références

01:23 –

02:10 – Quelques liens de contexte:

03 :40 – Vivre sa culture, connaître la liberté, avec Sabryna Godbout (décembre 2020), épisode de balado #6 Oser s’en parler

04 :00 – Cour Suprême du Canada

4 :20 – Textes constitutionnels canadiens

4 :35 – Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007), Organisation des Nations Unies

5:10 –

05 :30 –

05:50 – Rapport de la Commission de Vérité et Réconciliation (2015)

06:10 – Plus de contexte sur les mobilisations en solidarité avec les chefs héréditaires et matriarches Wet'suwet'en, les pêcheurs Mi’kmaq, les Défenseurs du territoire Secwepemc ou de Six Nations of the Grand River (1) (2)

06:30 – Idle no More

06:55 – Mikana

07:05 – Redéfinir notre chemin ensemble, avec Widia Larivière (mars 2021), épisode de balado #9 Oser s’en parler

08:00-08:45 – Arthur Manuel, Décoloniser le Canada: 50 ans de militantisme autochtone (2018), p.254-255.

09:00-11:00 – Quelques liens pour plus de contexte sur le mouvement Idle No More :

11:45 – Melissa Mollen Dupuis, en entrevue dans « L’héritage actif d’Idle No More » (2017), un article de La Gazette des Femmes

12:45 – Un article de contexte : « Des Innues marchent jusqu’à Montréal » (2012), le Nord-Côtier

15:05 – Un article de contexte : « Plus de 1500 km de marche en appui à Idle No More » (2012), le Devoir

20:10 – Wapikoni Mobile

20:50 – Un nouveau souffle (2014), un documentaire de Mélanie Lumsden et Widia Larivière, Wapikoni Mobile

21:30 – Où sont tes plumes? (2015), un documentaire de Mélanie Lumsden et Widia Larivière, Wapikoni Mobile

24 :25 –

25:50-28:22 – « As an Indigenous woman, I know our matriarchs will lead us toward cultural resilience » (2020), de Sarain Fox

26:10 – Future History, une émission de télévision animée par Sarain Fox et Kris Nahrgang

28:25 – Blocus 138, la résistance innue (2012), un documentaire de Réal Junior Leblanc, Wapikoni Mobile

29:15 – Les femmes Haudenosaunee au cœur de la défense des droits au territoire

29:55 –  Invasion (2019), un documentaire du camp Unist’ot’en

30:15 – À la recherche de Dawn (2008), un documentaire de Christine Welsh, ONF & Youtube

30:30 – un article de l’Encyclopédie canadienne sur Autumn Peltier, protectrice Anishinaabée en chef de l'eau pour plus de contexte :

31:00 – Sherry Pictou, en entrevue dans « On defending the Indigenous women land defenders » (2019), de Kairos

32:10 – Maïtée Labrecque-Saganash en entrevue dans « Femmes et Autochtones : à chacune son féminisme » (2019), un article de Radio-Canada

35:00 – « Femmes autochtones disparues ou assassinées : Et si on s’intéressait à nous quand nous sommes vivantes? » (2014), une chronique de Widia Larivière pour la Gazette des femmes

36:00 –

37:15 – Commission Viens

38:40  - Rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (2019)

38:42 –  « Mort d’un huitième autochtone en trois mois lors d’une intervention policière » (2020), un article de La Presse

39:00 – la mort violente et documentée de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette a provoqué une prise de conscience sociale au Québec que les choses n’allaient, et que, comme la Commission Viens avait conclu l’année précédente, les autochtones vivaient du racisme et de la discrimination dans les services publics.

Principe de Joyce

39:45 – Melina Laboucan-Massimo, dans Whose Land Is It Anyway? A Manual for Decolonization (2018), publié par Federation of Post-Secondary Educators of BC, p.39

40:15 – Arthur Manuel, Décoloniser le Canada: 50 ans de militantisme autochtone (2018), p.254-255

41 :00 – Retrouvez ces épisodes de balado sur https://www.osersenparler.ca/podcast/ et sur toutes les plateformes d’audio diffusion

41:40 – Sylvia McAdam, en entrevue dans “5 Years after Idle No More, founders still speaking out” (2017), un article de CBC

43:40 – Pour plus de contexte : Wet'suwet'en : « La consultation, ce n’est pas le consentement » (2020), un article de Radio-Canada

44:30 – Pourquoi les Première Nations bloquent-elles les chemins de fer? Et pourquoi c’est important (2020), une bande-dessinée de Choloula (Cholé Germain-Thérien)

44:45 – « Premières Nations : notre inconfort ne fait pas le poids », une chronique de Judith Lussier (2020)

À propos du balado

Oser s'en parler est un balado indépendant où on essaie de déconstruire le malaise et l'inertie allochtones et élever des voix autochtones. Ça peut être extrêmement confrontant de se pencher sur les façons dont on contribue, sans le savoir, à l'oppression de ceux qui habitent sur le même territoire que nous. Mais c'est justement pour ça qu'il faut se parler sincèrement entre "Blancs/ colons/ Canadiens", procéder à des introspections personnelle et collective, et changer nos comportements. Parce que le changement dit "systémique" ne se passera que si chacun de nous s'y met.

Trames sonores de cet épisode:

Dirty Wallpaper, Blue Dot Sessions (www.sessions.blue)
Titter Snowbird, Blue Dot Sessions (www.sessions.blue)
Trailrunner, Blue Dot Sessions (www.sessions.blue)
Transit Alias, Blue Dot Sessions (www.sessions.blue)

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