14- La vérité en héritage, avec Valérie Garnier

14- La vérité en héritage, avec Valérie Garnier

Oser s'en parler
Oser s'en parler
14- La vérité en héritage, avec Valérie Garnier
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Résumé

On vous propose cette conversation mère-fille avec Valérie Garnier, enseignante allochtone. On discute des défis dans la transmission de savoirs difficiles, l’importance de nommer adéquatement; de démystifier notre bagage personnel pour s’engager dans le travail décolonial; et de comprendre que rien n’échappe au temps.

Transcription de la narration

J’ai toujours voulu qu’Oser s’en parler soit un espace où on décloisonne les conversations sur la réalité coloniale de notre société, en permettant aux voix de nos invités autochtones et allochtones de rejoindre vos oreilles Je trouve que ]ca permet d’alimenter une réflexion constructive sur la responsabilité qu’on a tous et chacun dans ce qu’on a tendance à appeler plus généralement la « Réconciliation ».

Décloisonner et responsabiliser, c’est aussi avoir des conversations plus ou moins évidentes avec les gens qui nous entourent. Nos parents, nos amis, nos collègues, nos voisins, nos enfants – nos proches en général. Dans le 5e épisode, j’avais entre-autres invités mes amis et colocataires à faire l’exercice de s’exprimer au micro d’Oser s’en parler et aujourd’hui, j’ai invité ma maman. Évidemment, les conversations les plus précieuses et constructives que j’ai avec mes proches sont celles qui s’étalent sur des mois, des années, loin du micro et loin du regard extérieur. Mais j’ose penser que mettre de l’avant ces conversations extraordinairement ordinaires peut nous aider à cheminer collectivement.

Ma maman s’appelle Valérie, elle est Française et Québécoise d’adoption. Elle est aussi enseignante de vocation, et est titulaire présentement d’une classe de 5e année du primaire. Sa passion pour l’éducation m’a toujours inspiré, parce qu’au-delà du purement académique, les enseignants peuvent inculquer chez nous des valeurs de vivre-ensemble, de partage, d’écoute et de responsabilisation.

Ce sont des valeurs essentielles pour une vie harmonieuse en société, mais aussi dans le travail de justice sociale. Et on s’y heurte beaucoup : on manque d’écoute, on accapare des espaces et monopolise des discours; ou à l’opposé, on s’efface et on se déresponsabilise. Sa perspective nous permet de se rappeler qu’il y a différents angles sous lesquels on peut remettre en question nos enjeux de société, et différentes façons de se mettre au travail pour changer les choses.

On discute de l’importance de nommer adéquatement; de démystifier notre bagage personnel pour s’engager dans le travail décolonial; et de comprendre que rien n’échappe au temps. On explore les défis de parler des horreurs passées et présentes à nos enfants tout en discutant des façons de se positionner pour commencer quelque part. On ouvre cette conversation en faisant un retour rapide sur les deux ans et demi qui se sont écoulés depuis le début du projet – en méditant sur nos cheminements personnels.

[Rencontre, audio]

J’ai hésité à mettre cette partie de notre conversation en ligne, mais je la trouve globalement essentielle. L’idée, c’est de parler des façons dont on enseigne à nos jeunes les horreurs d’un passé pas si lointain, et dans le flot de la conversation, mon expérience personnelle et celle de ma famille me sont revenus en tête.

On parle de la visite de lieux, du visionnement de clips graphiques, et de témoignages poignants car c’est notre expérience d’enfants – pas pour insinuer qu’il faudrait ou non faire un copier/coller dans le contexte canadien, mais pour alimenter une réflexion sur l’importance et les risques d’enseigner des héritages violents et compliqués à nos plus jeunes.

Récemment, un guide pédagogique intitulé "Étudier les génocides" a été mis en ligne pour les enseignants & enseignantes du 2e cycle du secondaire – donc loin du public cible des enfants de 10 ans, on le comprend bien. Il a été écrit par Sivane Hirsch de l’Université du Québec à Trois-Rivières et Sabrina Moisan de l’Université de Sherbrooke, et il met en lumière des pratiques et approches à privilégier dans l’étude des génocides en classe, ainsi que des obstacles qui peuvent être rencontrés. Il y a un chapitre dédié au génocide des Premiers Peuples au Canada. Je vous le mets en lien dans les notes de l’épisode, et dans notre section Ressources sur osersenparler.ca.

Pour raconter l’histoire des pensionnats à des plus jeunes, certains ouvrages de fiction me viennent en tête, plusieurs basés sur des faits vécus. Je pense notamment à :

  • Quand j'avais huit ans de l’auteure Inuvialuit Margaret Pokiak-Fenton
  • Shi-shi-Etkoet La pirogue de Shin-Chi, de l’auteure Nłeʔkepmx, Syilx, and Métis Nicola I. Campbell
  • Je ne suis pas un numéro de Jenny Kay Dupuis, de la Première Nation Nipissing et Kathy Kacer, allochtone canadienne
  • Quand on était seuls de l’auteur cri-nehiyah David A. Roberston et l’auteure cri-nehiyah métis Julie Flett
  • Les mots volés de Melanie Florence, cri-nehiyah et écossaise
  • Qu’as-tu fais de mon pays, de l’écrivaine illustre innue An Antane Kapesh

Page de ressource livres

[Rencontre, audio]

Ce que je retiens souvent de mes conversations avec ma maman, c’est qu’on a tous un cœur d’enfant – et que nos enfants sont souvent le reflet sincère de nos qualités et de nos défauts non assumés. J’ai eu beaucoup de conversations constructives avec amis, collègues et connaissances allochtones dans les dernières années. Je remarque que ce malaise allochtone, cette honte, ce déni, cette envie à passer à autre chose, cette culpabilité, cet inconfort… ce sont des preuves qu’on touche à quelque chose d’important.

J’en profite pour saluer ces personnes autochtones et allochtones qui élèvent alimentent ces conversations sur la décolonisation et la Réconciliation dans des milieux qui y ont été auparavant imperméables – que ce soit dans les domaines académique, politique, gouvernemental, social, privé; que ce soit dans les foyers, entre amis, entre connaissances. Certaines conversations qui nous rendent mal à l’aise ont le potentiel d’être transformatives – et c’est cette acceptation de la Vérité qui peut nous amener à réparer et cheminer plus sereinement.

Si vous vous demandez par où commencer – et par où continuer votre engagement pour la Réconciliation et la décolonisation, sachez qu’il y existe une banque de ressources sur osersenparler.ca. N’hésitez pas à partager, noter ou commenter le balado sur les plateformes d’audio-diffusion et sur les médias sociaux. Sur ce, on se dit à très bientôt pour un nouvel épisode!

Références

01:20 – Oser s’en parler entre allochtones (décembre 2020), épisode #5 du balado Oser s’en parler

04:30 – Apprenez-en plus sur Oser s’en parler, notre mission et notre cheminement

13:20 – Crise d'Oka ou Siège de Kanehsatà:ke (1990)

14:00 – Dans le contexte français, le sens commun du mot « maghrébin » désigne les habitants de trois États : l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Les questions de l’immigration et de la diaspora Nord-Afrique (Maghrébine) sont particulièrement sensibles en France en raison du long (et récent) passé colonial, et du fort taux d’immigration maghrébine qu’a connu la France dans les années 50-70.

« Je me sens mal, très mal. J'ai l'impression que la France d'aujourd'hui crache sur mes grands-parents qui se sont battus pour la libérer, sur mes parents venus construire ses routes, et sur moi, qui ai pourtant respecté toutes les règles de la démocratie et de l'intégration », citation de Toujours se justifier": des Français maghrébins oppressés par le débat identitaire (2022), un article de VOAAfrique

À lire aussi:

20:30 –

21:30 – Ressources pour pousser la réflexion :

23:10 – Pour lire davantage sur la transmission des savoirs difficiles : Des histoires à raconter : d’Ani Kuni à Kiuna Les mémoires graphiques en tant qu’outils de rencontre réflexive et conversationnelle avec les réalités autochtones et allochtones du Québec, thèse doctorale d’Emanuelle Dufour:

  • Transmission des savoirs difficiles et sécurisation Culturelle, 63 à 71
  • Unfolding : Illustrer la culpabilité et l’ignorance coloniales pour mieux déconstruire le racisme systémique, 140-180

24:25 – Ce que je nomme l’Holocauste, est plus adéquatement nommé comme la Shoah en français – le génocide mené par l'Allemagne nazie contre le peuple juif pendant la Seconde Guerre mondiale. Je veux quand même clarifier mon intervention en mentionnant que l'État français sous le régime de Vichy était engagé dans la déportation des Juifs et des Résistants, et que plusieurs Français ont les mains sales dans ce chapitre de l’Histoire. Ce revers de l’histoire n’est pas encore enseigné à sa juste mesure en France.

25:11 – Maison d’Izieu

28:20 – « Le génocide des premiers peuples au Canada », un chapitre du guide pédagogique Étudier les génocides (2022), de l’Université du Québec À Trois-Rivières et l’université de Sherbrooke,

29:20 –

  • Quand j'avais huit ans de l’auteure Inuvialuit Margaret Pokiak-Fenton
  • Shi-shi-Etkoet La pirogue de Shin-Chi, de l’auteure Nłeʔkepmx, Syilx, and Métis Nicola I. Campbell
  • Je ne suis pas un numéro de Jenny Kay Dupuis, de la Première Nation Nipissing et Kathy Kacer, allochtone canadienne
  • Quand on était seuls de l’auteur cri-nehiyah David A. Roberston et l’auteure cri-nehiyah métis Julie Flett
  • Les mots volés de Melanie Florence, cri-nehiyah et écossaise
  • Qu’as-tu fais de mon pays, de l’écrivaine illustre innue An Antane Kapesh

Page de ressource livres

29:50 – Valérie est fille et petite-fille de réfugiés italiens et de Résistants français qui ont subi et combattu les atrocités des régimes nazis et fachistes.

32:50 – Au-delà de la (non) rencontre, avec Emanuelle Dufour (novembre 2020), épisode #1 du balado Oser s’en parler

48:30 – Ressources proposées par Oser s'en parler 

À propos du balado

Vous écoutez Oser s’en parler, un balado indépendant dans lequel on tente de déconstruire le malaise colonial et l’inertie allochtones, tout en mettant de l’avant des voix autochtones. Oser s’en parler, c’est aussi entamer, en tant qu’allochtone, une introspection collective et individuelle sur les réalités du racisme systémique et du colonialisme, pour se responsabiliser, et s’engager à faire partie de la solution. Je m'appelle Charlotte Côté, et je vous souhaite la bienvenue dans cet espace de dialogue, d’apprentissage et de remise en question. Bonne écoute!

Trames sonores de cet épisode:

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