Racisme systémique au Québec: le vase déborde

Racisme systémique au Québec: le vase déborde

TLDR : Si y’a un peuple qui devrait comprendre l’oppression systémique, c’est bien le peuple Québécois, au 50e anniversaire de la crise d’Octobre. Non?

Il y a un malaise profond dans notre société quand il en vient à parler de l'oppression constante et invisibilisée des personnes racisées - et des personnes autochtones en particulier. C’est toujours plus difficile de parler d’oppression systémique quand on ne la vit pas. J'ai personnellement une relation conflictuelle avec l'acte performatif de publier mes états-d’âmes de « citoyenne engagée » sur les médias sociaux, parce qu'il y a des voix pas mal plus pertinentes qui méritent d'être élevées. Mais là faut qu'on se parle.

Regardez le malaise qui nous a habité en février pendant les manifestations transcanadiennes en appui au chefs héréditaires Wet'suwet'en. L’inconfort des blocus ne nous a apparemment pas secoué assez. Regardez-nous maintenant, après la mort par négligence et racisme de Joyce Echaquan, femme et mère Atikamekw, à l’hopital de Joliette.

#justicepourjoyce par Marie-Eve Turgeon, @marie_eve_illustration, www.marieeveturgeon.com

On ne peut pas juste « agree to disagree ». Ce n’est pas un débat sur les meilleures garnitures à pizza. Mathieu Bock-Côté, analyste politique que je respecte, je dois te faire parvenir un message : quand Amir Khadir, médecin et politicien illustre irano-québécois, te dit que ça fait 50 ans qu’il vit de la discrimination de par la couleur de sa peau dans la société québécoise, et qu’il explique que c’est le fait que ce genre de violence soit inscrite dans le système qui la rend aussi constante, arrête de te braquer et de penser qu’il t’attaque. Autant qu’on a besoin de vivre dans une société où les différents points de vue sont entendus et débattus, c’est un privilège énorme que de pouvoir passer 10 minutes de son temps à argumenter la sémantique, la théorie et de tourner autour du pot en argumentant « ceci est-il du racisme individuel ou du racisme systémique »? Écoute ceux qui en vivent, du racisme. Eux n’ont pas de temps à perdre avec des questions auxquelles ils connaissent malheureusement déjà la réponse.

Mathieu Bock-Côté n’est pas raciste. Mais son attitude témoigne du fait qu’on vit dans une société où l’oppression devient invisible tellement elle est ancrée dans notre culture. Parce qu’au lieu de parler de la mort/ l’oppression d’un nombre important de personnes autochtones (dont on ne connaîtra jamais le nom) aux mains des systèmes de santé (stérilisation forcée des femmes autochtones, bonjour), on obsède sur « est-ce vraiment systémique? » Va lire le rapport final de la Commission Viens (2019)! Au lieu de parler des milliers de femmes et jeunes filles autochtones disparues et assassinées depuis les dernières décennies et encore aujourd’hui, on focalise sur « est-ce vraiment un génocide? ». Va lire la définition de l’ONU sur le génocide (1948)!

Tous ces débats cachent une oppression, justement parce qu’on invisibilise la souffrance des autres pour perpétuer notre illusion de vivre dans une « bonne » société et nous rassurer qu’on « n’est pas raciste ». Parce qu’en effet, la MOITIÉ des Québécois allochtones nient que leur entourage tient parfois des propos discriminatoires ou qu’il leur est personnellement arrivé d’avoir des préjugés à l’endroit des membres des Premières Nations (sondage Léger, APNQL, juillet 2020). Voyons, on n’est pas honnête avec nous-même! En lisant ces lignes, même si vous savez que les préjugés ne sont pas fondé ou que vous n’êtes pas d’accord avec, vous les avez en tête – c’est parce qu’ils font partie de notre culture. On dit que la première étape, c’est d’accepter. Acceptons que les propos racistes font partie de l’expérience québécoise et canadienne. Même si « c’est pas pour être méchant », même si on aime les gens qui les disent, même si on est « juste entre-nous ». Les mots portent et renforcent des idées préconçues malsaines. Et des gens en meurent.

"C'est un priviliège d'apprendre ce qu'est le racisme au lieu de le vivre" par James Eades
"C'est un priviliège d'apprendre ce qu'est le racisme au lieu de le vivre", (c) James Eades, 2020

La peur d’être vu comme une société raciste élimine toute opportunité de discussion pour combattre le racisme. Notre pays/ notre province sont fondés sur l’exclusion basée sur la race, et le projet d’exterminer (ou d’assimiler) les peuples autochtones qui vivaient sur le territoire. Si y’a un peuple qui devrait comprendre l’oppression systémique, c’est bien le peuple Québécois, au 50e anniversaire de la crise d’Octobre. Non? En tant que Blanc, et ayant grandi dans une société qui a le racisme ancré dans ses structures, on fait tous des erreurs et on a tous des biais qui sont profondément ancrés en nous. Je m’y inclus volontiers. Ça fait dix ans que je travaille avec humilité à déconstruire tout ça, et à me positionner différemment. On parle souvent du cycle de violence qui existe dans les communautés autochtones, dû au traumatisme transféré de génération en génération (traumatisme intergénérationnel). On applaudit ceux qui brisent ce cycle. Mais on oublie que ce cycle, c’est aussi à nous de le briser – et que c’est un long processus qui demande de la rigueur, du courage et des sacrifices. Depuis près de deux ans, je travaille sur un projet communautaire pour créer un espace où on entame une introspection collective et individuelle sur le racisme systémique envers les autochtones, pour qu’on se responsabilise, et s’engage à faire partie de la solution. Ça s’appelle Oser s'en parler.

Retrouvez ici certaines ressources (faites par des autochtones, des allochtones, des organismes et des associations) qui pourraient vous permettre de « commencer quelque part » pour faire partie du changement.

Je serai également très reconnaissante si ceux qui avaient d’autres ressources à proposer les partageaient (en message privé ou ci-dessous).

Restons humbles, respectueux et sincères.

Avec beaucoup d’amour,

Charlotte

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Oser s'en parler